La situation linguistique au Val d'Aoste

Le francoprovençal, langue éminemment orale liée au parler quotidien, n'a aucun statut officiel dans aucun des trois Etats sur lesquels s'étend le domaine francoprovençal.

La langue officielle, la langue de culture de tout le domaine francoprovençal a été partout le français à partir de l'abandon du latin. Le français est toujours la langue officielle des territoires francoprovençaux appartenant à l'Etat français et à la Confédération Helvétique, tandis que pour les territoires appartenant à l'Etat italien une différence de taille s'impose entre les hautes vallées piémontaises dépourvues de tout statut juridique et la Région autonome Vallée d'Aoste.

Au Val d'Aoste, depuis le moyen-âge, le francoprovençal côtoyait le français, dans une situation de diglossie où le français gagnait assez rapidement la place de la langue haute et le francoprovençal la langue du peuple. En 1561, le français devint langue officielle à la place du latin.

Quant à l'italien, il s'est introduit petit à petit au gré des contacts qui s'établissaient de plus en plus nombreux entre le Duché d'Aoste et la partie italophone des Etats de Savoie, notamment avec l'Unité italienne. Petit à petit, l'italien remplace le français à l'école, dans l'administration, au barreau et dans la presse. A partir de 1923, une série de décrets-lois abolit le français à tous les niveaux, qui redevint langue officielle à côté de l'italien à partir de 1948, dans le cadre d'un statut d'autonomie étant loi constitutionnelle. Dans l'après-guerre, le français fait son retour dans l'école en tant que langue étrangère, les liens avec le territoire étant désormais coupés, ainsi qu'avec son vieux compagnon de route, le francoprovençal, son déclin en tant que langue véhiculaire est inexorable, tandis que le francoprovençal est de plus en plus perçu comme un élément identitaire à valoriser.

La seule loi mentionnant le francoprovençal est la loi italienne n°482, du 15 décembre 1999 « Norme in materia di tutela delle minoranze linguistiche storiche », publiée dans la Gazzetta Ufficiale n°297 du 20 décembre 1999.

Le Val d'Aoste, région autonome à l'intérieur de l'Etat italien, n'a pas encore produit un règlement d'application pour cette loi, étant donné que le statut spécial d'autonomie prime sur les lois promulguées au niveau italien. Il est aujourd'hui une réalité plurilingue où plusieurs codes linguistiques coexistent, s'étant ajoutés au fil du temps et occupant chacun une place différente sur le plan juridique, politique, culturel et de la pratique langagière. Il est cependant en train de faire son entrée à l'école.

L'état actuel

La pratique du francoprovençal est de plus en plus en baisse au fil des années. De tout le domaine francoprovençal, le Val d'Aoste demeure la région avec le plus de locuteurs.

Les seules données numériques, encore que partielles, nous viennent du sondage linguistique promu par la Fondation Emile Chanoux en 2002 en Vallée d'Aoste.

 Actuellement, il ne s'agit plus que de conserver la langue, mais de l'apprendre à ceux qui ne la connaissent pas. En 1995, naît l'Ecole populaire de patois, grâce à l'engagement de l'Administration régionale. Petit à petit, les requêtes augmentent et se précisent : on veut apprendre à parler, mais aussi perfectionner ses connaissances ou connaître la graphie pour aborder le francoprovençal sur le plan de l'écrit, on demande des bains de langue et des activités ludiques pour enfants.

Suite à l'abandon de l'activité agro-pastorale et à la migration interne qui l'a accompagnée, avec une densification de la population urbaine dans le fond des vallées, les nouvelles générations ont connu une progressive urbanisation des mSurs, avec une conséquente italianisation sur le plan linguistique et culturel et une banalisation des modes de vie due à la globalisation qui battait son plein à partir de la fin des années 80. C'est surtout dans ces milieux plus transformés et transformistes qu'une nouvelle exigence est née : celle de renouer avec un passé révolu et avec les connaissances, les mSurs et  les systèmes de valeurs qui le caractérisaient.

C'est ainsi que depuis quelques années, les locuteurs de la nouvelle génération, natifs ou non natifs, libérés du regard méprisant qui pesait sur les générations précédentes, osent s'exprimer sans complexes et s'adonner à des formes artistiques de plus en plus variées, la riche activité théâtrale commencée avec la création du Charaban en 1958, ayant certainement joué son rôle.

La naissance du statut de débutant en francoprovençal est l'un des produits les plus originaux de cette métabolisation : à force de se nourrir de global, la société recommencerait-elle à secréter du local ?

Un avenir francoprovençal ?

Nous sommes en train de nous diriger vers une société multilingue, composée d'individus évoluant de plus en plus dans le multilinguisme, habitués à passer d'une langue à l'autre et à utiliser les différentes compétences linguistiques au gré des circonstances. Dans ce panorama, il est légitime d'imaginer un nouveau rôle pour le francoprovençal, glissant de plus en plus de son statut de langue véhiculaire à un statut de langue symbolique à valeur identitaire ou bien liée à un certain contexte. Langue de partage à laquelle on ferait appel non pas par nécessité mais par choix volontaire.

La définition et le rôle de la transmission ont subi également une transformation en profondeur : la transmission linguistique mais aussi celle des valeurs culturelles collectives se fait de plus en plus en dehors de la famille qui, fragilisée dans ses structures modernes, délègue aux institutions la garde des enfants et leur éducation. Une prise de conscience toute nouvelle est en train de naître au sein des  institutions quant à la nécessité de prendre la relève dans la transmission linguistique et de combler le vide qui s'est créé depuis au moins une génération.