Le francoprovençal

Le domaine du francoprovençal

  • « Pour une langue romane c'est une naissance tardive ; pour un dialecte, c'est bien tôt » - G.Tuaillon

Le francoprovençal, dernière naissance dans la famille des langues romanes (fin de l'époque mérovingienne) ou premier produit de la fragmentation dialectale de la langue d'oïl, doit sa définition au dialectologue italien Graziadio Isaia Ascoli en 1873
(Schizzi franco-provenzali).

Cependant l'histoire de cette définition est longue (G.Tuaillon, 1983, Le francoprovençal. Progrès d'une définition) et ce n'est qu'à partir des années soixante du siècle dernier qu'elle fait l'unanimité dans le monde des scientifiques.

La dénomination de francoprovençal indique un ensemble de caractéristiques faisant de ces parlers recensés dans l'aire géographique autour du mont Blanc un groupe à part ayant connu une évolution plus poussée par rapport à la langue d'oc (sud de la France), plus conservative, et refusant un certain nombre d'innovations typiques des dialectes de la langue d'oïl (nord de la France), présentant donc  de « nombreux traits linguistiques étrangers à la fois au français et au provençal, qui caractérisent ce groupe de parlers et qui permettent de lui assigner une place distincte dans la famille des langues romanes »
(Philipon, Romania)

« La dénomination est mauvaise, parce qu'elle fait penser immédiatement à une langue mixte, faite en partie de français et en partie de provençal, ou alors à une langue d'abord provençale qui s'est par la suite francisée, ou vice versa [...]. On a d'abord utilisé le trait d'union ; cette orthographe augmentait les risques de malentendus contenus dans l'appellation elle-même. Ceux qui à la suite de Mgr Gardette, proposent une graphie globale, essaient pour des raisons diverses, d'attirer l'attention sur le fait que ce groupe dialectal n'est pas un mélange de français et de provençal mais un ensemble original »
(G. Tuaillon, p.5-6).

D'autres dénominations ont été proposées mais sans guère trop de succès.

Histoire d'une définition

Les positions personnelles des différents linguistes s'étant penchés sur la question francoprovençale à partir de Ascoli sont très nombreuses et oscillent entre les théories négationnistes qui tendent à placer l'accent sur la cohésion de l'ensemble gallo-roman et les affirmations tranchantes sur l'indépendance du francoprovençal.

Les conditionnements politiques et des visions contrastées de la géographie linguistique alimentent le débat entre linguistes : pendant longtemps, les Suisses sont réticents à accepter cette notion nouvelle. Hasselrot avec sa définition de la plaque tournante des langues romanes fait du domaine francoprovençal un ensemble indépendant, équidistant du français, du provençal et de l'italien. Duraffour, quant à lui, considère le francoprovençal un sous-ensemble des parlers français. L'unité politique du domaine francoprovençal ayant été trop brève, on ne perçoit pas une identité commune : l'identité collective s'est forgée à un niveau plus bas, au niveau des différents duchés et pays, tels que le Val d'Aoste, le Valais, le pays de Vaud, la Savoie.

Mgr Gardette : langue des routes. Le domaine francoprovençal est, sur la carte des temps anciens, le pays sillonné par les routes transalpines. Un réseau de route indique l'emplacement d'une capitale, à savoir le rayonnement de Lugdunum à l'époque de la latinisation du pays : une formule qui illustre la genèse d'une langue mais pas les incertitudes de ses frontières. « S'impose alors à nous la vision d'un francoprovençal n'ayant ni au Nord, ni au Sud, une ligne frontière, mais deux vastes zones frontières ».

Plus récemment, des spécialistes comme Schüle et Tuaillon contribuent à la réflexion sur le francoprovençal en lui donnant du relief dans le panorama culturel européen, sous l'impulsion d'un mouvement plus général de récupération des valeurs ancestrales et des cultures régionales.

signatures Gaston Tuaillon Ernest Schule

La Charte du francoprovençal

Dans le cadre de la sauvegarde de la langue proposée par l'UNESCO

Le francoprovençal est une langue parlée dans trois pays : la France, l'Italie et la
Suisse. Cette langue peut aussi avoir d'autres dénominations : arpitan, bressan, patois,
savoyard...

Elle bénéficie aujourd'hui dans les trois États où elle est présente d'une
reconnaissance légale.

Le Parlement européen a adopté le 11 septembre 2013 une résolution sur les
langues européennes menacées de disparition et la diversité linguistique au sein de
l'Union européenne.

Les institutions publiques ont le devoir de préserver et de transmettre ce
patrimoine dont elles ont la responsabilité. Il s'agit donc d'Suvrer à
sauvegarder et à développer le francoprovençal, patrimoine culturel et linguistique
commun à nos territoires.

Les initiatives de l'UNESCO dans le domaine des langues s'inscrivent dans le cadre de ses efforts en faveur de la protection du patrimoine immatériel: musiques traditionnelles et populaires, danses, festivals, traditions, savoirs traditionnels, traditions orales et langues locales.

L'UNESCO, qui a adopté la Déclaration universelle sur la diversité culturelle lors de sa dernière Conférence générale, le 2 novembre 2001, encourage la communauté internationale à prendre des mesures pour protéger le patrimoine immatériel, dont les langues, au même titre que les trésors naturels et culturels du patrimoine matériel.

Annexes

En savoir plus

Formation du francoprovençal »

C'est le superstrat germanique qui a créé la fracture entre la langue d'oïl et le francoprovençal.

Situation linguistique au Val d'Aoste »

De tout le domaine francoprovençal, le Val d'Aoste demeure la région avec le plus de locuteurs.