Les fondateurs de l'ethnologie des Alpes

1909, Arnold van Gennep, Manuel de folklore français. Déjà avant de publier cette étude monumentale sur les rites de passage, il avait écrit deux monographies sur la Savoie et la Haute Savoie, ainsi que quelques articles publiés dans le Mercure de France avec des références à la Vallée d'Aoste (voir JM Privat). Van Gennep pousse ses investigations au-delà des frontières de l'Etat français et inclut la Vallée d'Aoste dans ses notations. Procédant par enquête et observation, il s'intéressa aux faits humains dans leur dynamisme ainsi qu'aux phénomènes de diffusion.

1912, Robert Hertz, La procession de Saint Besse à Cogne. Etude d'un culte alpestre. Un aspect ethnologique de la civilisation valdôtaine est au centre de cette première monographie consacrée à un rite et à un culte chrétiens, la modernité de sa démarche est frappante. « S'inscrivant dans la perspective de l'Ecole française de sociologie qui fait du sacré le lieu de questionnement de l'énigme du social, la recherche conjugue étroitement exploration ethnographique de l'actuelle dévotion et reconstruction historique des diverses figures du saint qu'a produites la diffusion du culte, pour résoudre les difficultés qui surgissent à chaque tournant de l'enquête. » (G.Charuty, in Terrain n°24, 1995)

1922, Eugénie Goldstern, La Mémoire et l'oubli. L'odyssée de l'  « étrangère » à Bessans.  Sa monographie sur la commune mauriennaise fait partie d'une Suvre novatrice de grand intérêt, la situant dans une ethnologie européenne sensible aux phénomènes humains au-delà des cloisonnements artificiels créés par les frontières politiques. Dans ses manuscrits sur le Val d'Aoste (publiés posthumes) elle décrit  l'architecture et autres formes de la culture matérielle.

Pour en savoir plus :  Le Monde Alpin et Rhodanien, 2003, n°31

Hertz, Goldstern, Van Gennep

Les enquêtes accompagnant les collectes d'objets des grands musées

Les grands musées d'arts et traditions populaires, galvaudés par l'engouement pour le folklore régional et conscients de leur rôle dans la conservation des objets et des pratiques y afférents ,  déterminés aussi à sortir d'une relation purement esthétique à l'objet comme c'était le cas des cabinets de curiosités du XVIIIe siècle, lancent les premières grandes collectes accompagnées d'enquêtes auprès des populations locales.

La Vallée d'Aoste devient un terrain d'enquête au même titre que les autres régions alpines.

A partir des années cinquante

Les êtres fantastiques  de Charles Joisten marquent un jalon dans l'étude de l'imaginaire collectif et du patrimoine légendaire populaire : il s'agit d'une oeuvre considérable, fruit de trente ans d'enquêtes sur le terrain, notamment en Dauphiné et Savoie. Il introduit la notion de récit-type pour analyser les éléments constitutifs du conte et pense à relier les récits recueillis à la réalité historique des sociétés qui les ont produits et transmis. Il est également le fondateur de la revue Le Monde alpin et rhodanien, en 1973.

Arnold Niederer est le fondateur du Musée du Lötschental. Il a introduit dans l'ethnologie alpine les apports méthodologiques et épistémologiques de l'histoire et de la sociologie, dans une perspective comparatiste et interdisciplinaire qui le conduisit à décloisonner les traditions intellectuelles nationales dans une optique ethnologique européenne.

Les dialectologues et les atlas linguistiques

Ernest Schule

Paul Zinsli a laissé de nombreux travaux de dialectologie d'où l'ethnologie n'est jamais absente, notamment un véritable manuel ethnographique sur tous les aspects de la vie des walsers sur tous les versants alpins.

Ernest Schüle , membre fondateur du Centre d'Etudes francoprovençales, avec son épouse Rose-Claire Schüle.  Dans ses cours à l'Université de Neuchâtel, il a favorisé l'approche ethnologique. Son «  intérêt passionné pour les mots, ainsi que pour les objets, les techniques et les coutumes qu'ils désignent, se reflète dans de nombreux articles du Glossaire de la Suisse Romande, ainsi que dans la traduction française de l'Atlas de Folklore Suisse ».

Les pionniers, les ethnographes du terroir

Tibaldi, Gorret, Christillin, Brocherel

Abbé Gorret, (1836-1907), prêtre, alpiniste, écrivain éclectique et original dont les ouvrages représentent l'apogée atteint par la littérature alpine valdôtaine (1878, Victor Emmanuel sur les Alpes).  Dans son Guide Illustré de la Vallée d'Aoste, écrit en collaboration avec le baron Claude-Nicolas Bich, il nous livre en 1876 un riche répertoire de notations ethnographiques sur la Vallée d'Aoste.

Joseph Siméon Favre (1859 -  1900), peintre et ethnographe. Il a collecté environ 200 chansons populaires de la Vallée d'Aoste et des Alpes françaises, à la fin du XIXe siècle. 125 textes et 119 airs de sa collection ont été publiés en 1903 dans le livre de Julien Tiersot, Chansons populaires recueillies dans les Alpes françaises, Savoie et Dauphiné.

Jean-Jacques Christillin (1863  - 1915), ses Légendes et récits recueillis sur les bords du Lys, publiés à Aoste en  1901 constituent un recueil passionnant fruit de la plume d'un prêtre écrivain qui a su immortaliser un patrimoine oral du plus grand intérêt ethnologique.

Tancredi Tibaldi (1851-1916), historien et folkloriste. Dans ses Veillées valdôtaines illustrées (1912), il nous livre des spécimens de notre patrimoine légendaire, dans la droite ligne des études de folklore du XIXe siècle.

Jules Brocherel (1871 - 1954), photographe, ethnographe, il fonda en 1919 la revue valdôtaine Augusta Praetoria, destinée à demeurer longtemps parmi les publications les plus importantes de la Vallée d'Aoste.