La civilisation francoprovençale

civilisation

La Vallée d'Aoste présente une situation culturelle et linguistique semblable à de nombreuses autres régions situées dans une position frontalière d'un Etat, toutes détentrices d'un patrimoine culturel et linguistique allogène par rapport à la culture de l'Etat d'appartenance.

Dans le cas spécifique, la Vallée d'Aoste partage le même patrimoine linguistique avec  les différentes régions du domaine francoprovençal, ainsi que de nombreux traits culturels avec les autres régions alpines situées autour du massif du mont Blanc, notamment les vallées intra-alpines de la Savoie, du Valais et les hautes vallées du Piémont nord-occidental.

La montagne en tant qu'espace de vie

La montagne en tant qu'espace de vie

La relation à l'espace est primordiale dans l'étude d'une société humaine autochtone qui a construit son propre paysage au quotidien en en faisant l'un des topos de sa mémoire identitaire et dont les pratiques, les savoirs et les représentations ont évolué dans le cadre d'une relation étroite avec un certain environnement.

Agro-pastoralisme

Agro-pastoralisme

La « grande loi anthropogéographique » de l'espace alpin, d'après l'expression de Philippe Arbos, est donnée par l'exploitation verticale de la montagne par étages successifs, du village jusqu'aux plus hauts pâturages avant de redescendre par degrés pour les mois de la stabulation hivernale. Toute une série de demeures humaines et animales provisoires rentre dans cette logique, ainsi que l'interpénétration de certaines pratiques agricoles avec l'exercice pastoral. La vache est aujourd'hui, et ce depuis quelques siècles, le pilier de cette économie alpine : elle joue également un rôle capital dans les systèmes de relations humaines et dans les représentations collectives.

Architecture

Pontboset, hameau de Creux (photo Claudine Remacle)

L'architecture renvoie à un ensemble complexe de phénomènes se situant au carrefour entre les facteurs environnementaux, les formes d'organisation sociale, économique et politique d'une société humaine et ses systèmes symboliques et religieux, la détermination et l'organisation de l'espace ne relevant pas  de facteurs uniquement matériels , comme le prouve l'exemple de la cohabitation avec les animaux d'élevage à l'intérieur de la même unité d'habitation. Tout objet architectural est le fruit d'un dialogue entre nature et culture, entre l'homme qui bâtit et habite, entre l'espace tel qu'on le vit et tel qu'on en a conscience.

Artisanat

Artisanat

La capacité de l'homme de produire des objets utilitaires et représentatifs est déterminée par la synthèse particulière opérée au sein de chaque civilisation entre certaines formes de pensée et la maîtrise de certaines techniques. Un objet ainsi produit par la main et par l'esprit d'un homme ne satisfait pas qu'un idéal esthétique, mais il est aussi révélateur d'une certaine perception de l'espace, d'une certaine conception de la transmission du savoir et des registres de signification du monde symbolique. Ainsi contextualisé, tout objet, avant d'être tel, est un acte et c'est en élucidant la nature de cet acte que les objets matériels de notre civilisation acquièrent toute leur puissance expressive.

La dévotion populaire

La dévotion populaire

L'étude du sentiment religieux et de la dévotion populaire témoigne d'une relation très profonde avec le monde de la spiritualité, de l'emprise du clergé sur les gens de nos campagnes, aussi bien que d'une très forte subsistance d'éléments de matrice préchrétienne à l'intérieur des manifestations religieuses.

Tradition orale

Le témoin Marie Luboz d'Introd (Marie di Petchoù Felì)

La tradition orale que de nombreux ethnographes se sont attachés à enregistrer est quelque chose de fort peu tangible, de dispersé et de fugace. Dans son aspect évolutif, elle est aussi très difficile à cerner et à documenter. Néanmoins, elle recèle une quantité impressionnante de données capitales pour étudier l'imaginaire collectif (la culture préchrétienne, les éléments naturels, la philosophie existentielle, les tabous, les peurs, etc)

Vers un dépassement de la cristallisation ?

dépassement de la cristallisation

La vie n'est pas facile lorsqu'on devient un emblème. Vivre, c'est-à-dire changer, contient une menace implicite, dans ce cas : ne va-t-on pas perdre le statut acquis ? Le vivre quotidien s'accroche à l'emblématisation qui en a fait l'ethnographie, la tentation du musée est omniprésente, la tradition devient dogme... Le discours identitaire ne prend plus son essor dans l'entrelacs des pratiques et des savoirs, mais dans un espace imaginaire se rétractant toujours plus de la réalité, toujours plus en contradiction avec celle-ci, engendrant une absence troublante de systèmes référentiels crédibles.

Un nouvel élan dans les études ethnologiques est à préconiser, afin de jeter des ponts entre des systèmes de représentations soumis à la cristallisation et le vécu quotidien.